Le pic Schrader (ou Grand Batchimale) - 3177 m
La Punta del Sabre - 3136 m
Le shéma de la randonnée
Randonnée réalisée le 1er Juillet 2006 par les lacs de Bachimala.
La Punta del Sabre a été gravie le même jour, depuis le sommet du Schrader.

Le point culminant de la longue arête du massif de Batchimale doit son nom à l'éminent géographe et cartographe bordelais Franz Schrader, qui en réalisa la première en août 1878.
La Punta del Sabre occupe l'extrêmité Sud de l'arête et offre une vue rapprochée sur les Posets

Le pic n'offrant aucune voie facile par son versant français, nous avons choisi de l'aborder par l'Espagne.


Difficultés
pour les lacs : orientation : partie hors sentier et non balisée.
Passage à flanc de pentes assez redressées et parfois un peu exposées
A ne pas faire par mauvais temps ou dans le brouillard et se méfier de l'herbe glissante
pour le pic Schrader : 5 minutes d'arête un peu aérienne où l'on s'aide parfois des mains, à l'arrivée au sommet
pour la punta : longue arête étroite et aérienne avec escalade F (voire F+)

Informations générales
Départ : Refuge de Tabernés (1740 m), en vallée de Gistain.
Le refuge est non gardé, assez grand mais spartiate (seulement 2 "matelas" dans la pièce principale, il faut apparemment descendre au torrent pour l'eau).
Etape : Lac inférieur de Bachimala (2550 m)
Un choix que j'explique dans la rubrique Remarques.
Matériel : Pas de matériel particulier en l'absence de neige
La corde peut être utile pour assurer les néophites sur l'arête de la Punta
Horaire : 3h30 de Tabernés au lac inférieur, arrêts compris
2h00 du lac au sommet
1h10 pour l'aller-retour à la Punta.
Dénivellation : 850 m environ pour les lacs, puis 650 m pour le sommet (et environ 100 de plus pour l'aller-retour à la Punta)

Accès en voiture à Tabernés (1740 m)
De Saint Lary, passer en Espagne par le tunnel de Bielsa et descendre jusqu'à Salinas. La route évite le village, à la sortie duquel un carrefour permet de tourner à gauche dans la vallée de Gistain (Chistau) et direction de Plan, puis San Juan de Plan. Juste passé ce dernier village, terminus de la route, on prend dans un virage la piste qui monte au refuge de Viados.
Les 10 premiers kilomètres sont en terre, souvent creusés d'ornières. Il faut poursuivre jusqu'aux bâtiments de la colonie de vacances et du camping (juste avant lesquels on aperçoit, dans les arbres au dessus de la piste, la petite chapelle de la Virgen blanca). Dans un virage, juste au dessus des bâtiments, on quitte la piste de Viados (qui n'est plus qu'à 1,5 km) pour prendre à gauche celle de Tabernés (pas de panneau, si je me souviens bien). Suivent 2 km d'une piste rocailleuse, plus rude pour la voiture, qui aboutissent au refuge, près duquel on se gare.
Si vous n'avez pas de 4x4, comptez au moins 0h45 pour ces 11,5 km.

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De Tabernés (1740 m) au lac inférieur de Bachimala (2550 m) - 3h30 arrêts compris
Du refuge même, descendre le pré qui va jusqu'au torrent (la Cinqueta de la Pez) en tirant sur la droite. On trouve un court bout de piste qui traverse le rio sur une passerelle en béton fermée par une grille. Au delà, le sentier monte assez rudement au N.O. dans la forêt. pendant une dizaine de minutes (on croise un bifurcation vers la droite, qu'on laisse pour monter vers un cairn au dessus de nous, mais je pense que c'est équivalent). Des marques de balisage vertes apparaissent et l'on tourne progressivement à droite pour s'engager vraiment dans le val de la Pez. On rejoint, arrivant de la gauche, un chemin au balisage jaune et blanc, pour arriver peu après à un panneau indiquant la direction du Puerto de la Pez, que l'on suit pour le moment.
Le sentier reste alors globalement à la même altitude et sort de la forêt après environ 25 minutes, puis surmonte un petit ressaut herbeux en haut duquel dort la minuscule cabane de Culrueba.

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On continue toujours à peu près à niveau le long du gave, pour déboucher dans la vaste prairie du Vado Bachimala, où se rejoignent deux grandes cascades (une en face et une à droite), et au bout de laquelle trône un pluviomètre. On traverse un premier ruisseau descendant de l'Ouest (sur les cailloux ou, en remontant un peu, sur une passerelle sommaire quelques dizaines de mètres plus loin), puis on rejoint le pont enjambant la Cinqueta de la Pez au niveau du pluviomètre (0h40 de refuge).

Itinéraire 768 x 576 (132 K)
Le sentier de la Pez, balisé jaune et blanc, passe à gauche du pluviomètre et tourne au Nord, mais on l'abandonne pour passer à droite (il offre néanmoins un itinéraire alternatif pour monter aux lacs, que nous n'avons pas emprunté et que je cite uniquement pour mémoire dans la rubrique Remarques). Deux cairns, dans l'herbe, mènent à l'Est sur le côté droit de la vallée, vers le bois de petits pins, juste à gauche de la grande cascade qui descend du barranco de Bachimala. On trouve là un étroit sentier, balisé par des marques vertes et de petites flèches jaunes, qui grimpe en courts et raides zigzags entre les arbres pour franchir le ressaut, en haut duquel nous attend un court passage rocheux (1h10).
Le chemin se fait un peu moins raide pour remonter une pente herbeuse vers le N.E. (cairns, marques jaunes), avant de s'engager en pente douce à l'Est, parfois peu visible (cairns), dans le barranco de Bachimala - 1h25).

C'est ici que les choses se compliquent !
Luis Alejos dit seulement que "Lorsque la pente s'adoucit (2200) on trouve l'accès aux lacs de Batchimala", et Miguel Angulo : "parvenu à un éperon herbeux caractéristique, on s'élève sur la crête à gauche", pour trouver vers 2400 m les cairns guidant la traversée.
N'ayant remarqué ni accès, ni éperon sortant de l'ordinaire, nous avons poursuivi à l'Est, remontant le barranco sur son côté gauche, en contrehaut du torrent. On redescend un peu vers l'eau à l'endroit où le flanc droit de la vallée forme un bourrelet terreux le long du torrent (en haut duquel on remarque un piquet d'enneigement rouge et blanc). Le chemin traverse là le torrent pour continuer vers le col du Signal de Viados.
Nous n'avons pas traversé à droite, mais au contraire quitté le chemin et bifurqué à 90 degrés à gauche (Nord) pour remonter la pente herbeuse, facile à cet endroit. Parvenus à quelques rochers affleurant dans les herbes (un peu au dessus 2400 m, à en juger par la crête au Sud, de l'autre côté du barranco), nous obliquons encore à gauche (N.O.) pour contourner à flanc l'épaulement Ouest decendant du Schrader, en visant l'arête rocheuse en face de nous. Nous descendons légèrement sur une petite banquette d'ardoise pour passer dessous et trouver effectivement une trace et des cairns qui vont maintenant nous guider pour cette traversée.
Attention, les premiers cairns sont peu visibles, souvent composés d'une simple pierre effilée, fichée verticalement. La trace devient de plus en plus évidente, et les cairns plus nombreux, tournant progressivement au Nord en traversant à flanc, juste sous les escarpements, des pentes herbeuses et de petites zones d'ardoises parfois raides et un peu exposées, où l'on progresse avec un minimum de prudence et d'attention. On traverse une dernière zone d'éboulis plus vaste, d'où lon découvre enfin la barre retenant le premier lac, qui n'est plus qu'à un quart d'heure.
Suivant les cairns, louvoyant sans problème dans l'herbe entre les ressauts, on atteint le déversoir du lac inférieur de Bachimala (3h30, compte tenu de nos hésitations quant à l'itinéraire).


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A la descente
Nous sommes revenus des lacs par le même itinéraire qu'à l'aller mais, vers la fin de la traversée, revenus sous l'arête rocheuse mentionnée plus haut, nous ne remontons pas la petite banquette d'ardoise, car un cairn est visible un peu plus bas devant nous. C'est le dernier que nous verrons ! Une courte descente dans les ardoises nous amène dans une cuvette herbeuse que l'on traverse en direction d'un petit rocher pyramidal de couleur rouille. La descente directe semblant compromise, nous avons repris notre traversée vers la gauche (S.E.), toujours en légère descente, jusqu'à trouver une pente nous permettant de rejoindre le barranco de Bachimala et le chemin (1h15 depuis le lac).
Le chemin descend d'abord doucement et, à l'approche d'un mamelon où les rochers affleurent, légèrement en contrebas devant nous, un cairn nous invite à tourner à gauche pour nous engager dans la pente herbeuse. Le reste ne présente plus de problème, et nous rejoignons Tabernés en 2h30 au total.

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Du lac inférieur de Bachimala (2550 m) au sommet (3177 m) - 2h00 arrêts compris.
Il est utile de repérer, depuis le lac, l'itinéraire à suivre :
Du déversoir du lac inférieur, partir en écharpe au S.E. pour remonter au plus haut la croupe herbeuse qui va mourir dans les éboulis bruns, puis continuer dans la même direction. La pente est assez raide et les éboulis pas toujours stables, mais cela reste facile. Faire un large lacet pour revenir au S.O. au dessus de la barre marquant le début d'une sorte de "terrasse" d'éboulis (peu marquée) jusqu'à revenir à l'aplomb du mamelon, que l'on atteint ensuite directement (0h45 - 2809 m

Itinéraire 768 x 576 (187 K)
De l'autre côté, la croupe est débonnaire. On la suit horizontalement pendant une dizaine de minutes, jusqu'à l'endroit où elle se redresse. On descend alors très légèrement à droite vers un muret de bivouac, dans une vaste cuvette d'éboulis, que l'on traverse en direction de la croupe qui nous fait face, en haut de laquelle se dresse un grand cairn. On remonte un cône d'éboulis pour rejoindre une trace venant de la droite et qui remonte en lacets pour aboutir un peu à gauche du grand cairn (~2960 m - 1h20).

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On suit au N.E. cette nouvelle croupe peu pentue, balisée par quelques superbes cairns, pour remonter la trace qui décrit ses lacets dans la longue pente d'éboulis, en direction du sommet. Cette pente se rétrécit de plus en plus et l'on vient finalement butter sur l'arête sommitale, un peu aérienne, mais que l'on gravit facilement en quelques minutes, s'aidant des mains plus pour se stabiliser que pour vraiment escalader.
Sommet du pic Schrader - 3177 m - 2h00 arrêts compris

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Du pic Schrader (3177 m) à la Punta del Sabre (3136 m) - 0h30 / 0h40
Les premières minutes ne posent aucun problème : du sommet du pic Schrader, on part au Sud, en descente sur la droite (sente) quelques mètres en contrebas de l'arête, pour rejoindre la brèche au pied du sommet.
A partir d'ici, la progression en dents de scie sur l'arête commence véritablement et requiert une attention soutenue. On doit éviter assez vite deux éminences par la gauche, mais attention de ne pas trop descendre ! Il peut sembler plus facile d'utiliser les petites vires et plateformes en contrebas, mais on peut se trouver mal engagé en descendant quelques mètres de trop (ce qui nous est arrivé à l'aller, sous la deuxième éminence). Le rocher est plus sûr sur la crête même.
Les difficultés (rochers lisses et étroits) s'évitent généralement par la gauche, en progressant seulement deux ou trois mètres en contrebas, puis en remontant sur l'arête dès que possible pour progresser à toute crête ou presque.
A l'approche de la Punta, l'arête redevient facile : elle s'aplanit et s'élagit franchement jusqu'au sommet (0h40 - 3136 m)

Au retour, nous avons progressé sans appréhension, sur la crête la plupart du temps, ou quelques pas d'un côté ou de l'autre, et mis seulement 0h30 pour regagner le pic Schrader.


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Remarques diverses et conseils éventuels
  • Le passage par les lacs de Bachimala se justifie surtout si l'on souhaite, comme c'était notre cas, gravir le lendemain l'un des autres sommets du massif. Mais la beauté sauvage et austère de ce site peu fréquenté mérite à elle seule le détour.
  • On peut gagner les lacs de Bachimala par un autre itinéraire, en suivant le sentier du port de la Pez par le "paso del gato" puis, une fois parvenu vers 2000 m à l'aplomb des lacs, en remontant directement les raides pentes herbeuses, "terrain à isards, parfois délicat", indique Miguel Angulo. C'est pourquoi, chargés, nous avons préféré l'autre itinéraire.
  • A lire : un magnifique ouvrage en 2 tomes : "Franz Schrader, l'homme des paysages rares", d'Hélène Saule-Sorbé, Guy Auriol et Michel Rodes.
    Outre une biographie de Schrader, on y trouve de magnifiques reproductions de ses aquarelles et de son minutieux travail de cartographe des Pyrénées.